Arabicides, une chronique française (1970-1991) (Fausto Giudice)

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Une étude pionnière sur une face cachée de l ‘histoire française

Ce livre rare d’un journaliste militant et d’investigation retrace 21 ans d’histoire française à travers 350 affaires d’arabicides, c’est-à-dire de meurtres d’Arabes. Une période balisée par deux événements historiques : la Guerre d’Algérie et la première Guerre du Golfe, aux cours desquelles l’arabicide de masse fut une activité de fait légitimée.

• La Découverte/L’Atelier Glocal
• Collections Enquêtes/Au pilori n°3
• 360 p.
• Format : 15,5X24 cm
• Dates de publication: Mai 1992/Mai 2022
• ISBN Papier 978-2-7071-2035-9
• ISBN Ebook 978-9938-862-55-3

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Force est de le constater : on a pu, dans la France de l’après-68, tuer impunément des Arabes. Souvent traité par la justice comme un “accident du travail” ou de la circulation, l’arabicide a bénéficié d’une jurisprudence de fait le transformant en simple délit Cause première des révoltes des “Beurs”, puis de l’embrasement des banlieues, la banalisation des arabicides est l’aspect le plus dur de la “question de l’immigration”.
Il fallait enquêter sur ces “gestes obscurs” qui jettent une lumière crue sur la société française, les extraire de la chronique lassante, et répétitive des faits divers pour leur donner un statut. En reconstituant cette longue série de meurtres d’Arabes – plus de deux cents en vingt ans – Fausto Giudice a cherché à en élucider les ressorts, les suites et les implications. La chronique commence en 1971, avec le meurtre du jeune Algérien Djilali Ben Ali à la Goutte-d’Or. Elle s’achève près d’Angoulême, par la mort commune de Mustapha Assouana, jeune Français musulman et Mohamed Daoudi, jeune Marocain, en 1991. Entre ces deux dates, se déroule une dramaturgie aux nombreux acteurs, reconstituée par l’auteur.
Comment et pourquoi l’arabicide s’est-il à ce point banalisé ? Fausto Giudice propose une réponse : la Ve République repose sur un crime fondateur, l’arabicide de masse, commis tout au long de la guerre d’Algérie, jusque dans les rues de Paris. Ses auteurs et ses responsables ont bénéficié d’une impunité totale, par le jeu des amnisties. Ce fut là le plus formidable encouragement à répéter en temps de paix, sur une échelle réduite, ce que militaires, policiers et “simples particuliers” avaient fait en temps de guerre.

Lire un extrait Bombes sur la Côte d’Azur : « France d’abord, blanche toujours » (pp. 240-246)
Lire
Crimes racistes en France dans les années 70 : une mémoire occultéeAgitations, 6/3/2019
Chris Woodall, Arabicide in France: an interview with Fausto Giudice, Race & Class, 35, 2 (1993)
Écouter
« Arabicides ». Les crimes racistes en France au cours des années 1970 : aux origines du racisme actuelRadio Libertaire, novembre 2019

Version

Ebook, Papier

  1. GW

    Le mal chronique
    par Anne Tristan, Le Monde Diplomatique, juillet 1992
    FAUSTO GIUDICE est un empêcheur de se souvenir en rond. En ce trentième anniversaire de la fin de la guerre coloniale en Algérie, Arabicides oblige à se rappeler aussi ce qui suivit : entre 1970 et 1991, plus de deux cents Arabes ont été assassinés en France, des centaines d’autres agressés. La majorité des tueurs sont en liberté. Année après année, sont restitués les noms des victimes de ces tirs sur cible, meurtres de voisinage, tortures, bavures policières et ratonnades. Cette liste « de crimes de guerre commis en temps de paix » est d’abord dressée « pour mémoire ». Chronique également judiciaire, le livre dévoile la jurisprudence de fait dont ont bénéficié les assassins. Non-lieux, acquittements, peines légères assorties de sursis l’emportent sur les condamnations lourdes. Ainsi se dessinent les contours d’une « autre deuxième génération », impunie comme la première ; aux beurs, font face les fils des tortionnaires et des terroristes si vite amnistiés.
    Mais c’est à la gauche que sont réservées les pages les plus précises et cinglantes : l’indignation — toujours minoritaire et volatile — suscitée par ces crimes rappelle l’effrayant silence qui entoura les ratonnades d’octobre 1961 à Paris… Même si ce duo d’impunité et d’indifférence accompagne presque toutes les affaires de justice, on comprend que Fausto Giudice ait choisi pour titre ce barbarisme provocateur : « arabicides ». A l’inverse de la « guerre sans nom » qui les a précédés, ces crimes devaient enfin être désignés et un non-dit énoncé : en France, tuer un Arabe n’est pas considéré comme un homicide.
    Le livre refermé n’en laisse pas moins le lecteur démuni. Pourquoi une trentaine de ces meurtres ont-ils été plus lourdement sanctionnés ? La solidarité autour des victimes fut-elle plus bruyante, les magistrats et leurs syndicats étaient-ils différents ? Poser ces questions permettrait peut-être de décliner les moyens qu’ont les citoyens de contrôler leur justice et leur police.
    ET puis, ces morts que Fausto Giudice rend à notre mémoire sont le plus souvent des enfants de ghettos : ils témoignent autant de cette haine et de cette répression, seules réponses que nous laissons donner à la misère sociale. Dès lors, Arabicides induit une autre question : en cette année, qui est aussi le cinquantenaire de rafles immondes, le mal chronique dont souffre la République n’est-il pas de tolérer que lui soient posées des « questions » ineptes ? « Question juive » ou « immigrée » : décennie après décennie, les citoyens se laissent dérouter de la seule quête qui les concerne : celle de l’égalité.

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